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PRESSE

 

SUD OUEST

Un théâtre pour deux, Joël Raffier

11 septembre 2007.
BORDEAUX.
Line Renaud et Muriel Robin réunies sur la scène du théâtre Fémina, à Bordeaux, dans une création Palmade-Duthuron
C'est le secret le mieux gardé du centre-ville en ce mois de septembre. Un truc pour hackers chinois. L'affiche signale « Fugueuses » à l'entrée du Fémina, on n'en sait pas davantage. Line Renaud et Muriel Robin sont au travail, impossible de voir ce qui se trame derrière les portes du vieux théâtre de la rue de Grassi. Muriel Robin argue de vraies raisons pour justifier cette discrétion : « On est dans une grande intimité lorsqu'on répète, on se trompe, on est mauvais, et j'ajoute qu'on en a le droit puisque ce sont les répétitions, justement. Imaginez des convives qui goûtent les éléments disparates d'un plat avant leur incorporation ! » Inimaginable. Line Renaud acquiesce, assise aux côtés de sa partenaire dans la suite d'un hôtel des Quinconces : « Pour jouer au théâtre, il y a une telle concentration... Hier, le plancher a craqué et cela nous a perturbées. Notre isolement n'est pas un caprice, vous savez, ni une marque de mépris. »
Nous pourrons finalement voir le décor de Bernard Fau, astucieux assemblage de neuf tableaux avec projection pour road-movie, et avoir un aperçu des créations lumières de Carlo Varini, chef opérateur de « Subway » et du « Grand Bleu », l'ensemble attestant une grosse production.
Deux franches copines.
Line Renaud est à Bordeaux depuis cinq mois pour le tournage d'un téléfilm, « Le Silence de l'épervier ». « La saga de 2008 sur France 2 », précise-t-elle, laissant voir deux yeux bleus magnétiques. Inaltérable jeunesse d'esprit : « Lumière ! » annonce-t-elle en ouvrant en grand les rideaux de sa suite. « J'ai besoin de lumière ! »
Mercredi, c'est le rideau du Fémina qui s'ouvrira et les deux comédiennes, collées l'une à l'autre, laissent filtrer une sorte d'impatience d'en découdre. Un brin de fébrilité aussi, et une solidarité sans faille. « Nous sommes amies depuis dix-sept ans », assure Muriel Robin. « J'appelle notre histoire un coup de foudre d'amitié », ajoute Line Renaud. Une rengaine du show-biz, toujours très mamours, comme on sait. Mais Line Renaud et Muriel Robin, chacune dans leur style, sont connues pour leur franc-parler et leur peu de goût pour la flagornerie en général.
L'amour et l'expérience.
Justement, l'amitié, cela aide-t-il pour travailler sur scène ? Muriel Robin semble étonnée par la question. « Bien sûr ! Beaucoup ! Enormément ! L'amour ! L'amour ! » s'exclame-t-elle avant d'embrasser affectueusement sa partenaire. Laquelle, à moitié étouffée sous l'étreinte de la robuste Robin, trouve assez d'oxygène pour ajouter avec cette voix chaleureuse si particulière : « On se connaît tellement, un regard suffit pour se comprendre. C'est rarissime ! Je peux en parler, je suis là depuis plus longtemps qu'elle... Dans la vie, je veux dire ! »
Car c'est Muriel Robin la plus expérimentée au théâtre. L'ancienne des Baladins en Agenais déborde d'affection pour sa partenaire. Mais on sent qu'au travail elle est intraitable, à sa manière : « On veut que l'autre soit heureux. Lorsqu'on dit quelque chose, c'est jamais contre, c'est jamais un jugement. La sauce se fait à deux, dans un duo. » Avec pour la deuxième année consécutive le public du Fémina comme rat goûteur.
La province, bonne fille.
La saison dernière, ce fut « Pierre et fils », succès parisien avec 130 000 spectateurs payants en sept mois. Une pièce qui traitait de la paternité. Cette fois, même lieu et même recette avec toujours Palmade et Duthuron à l'écriture et un duo de « noms » à l'affiche. « Fugueuses » raconte la relation de deux femmes en rupture. « Line est une évadée de la maison de retraite, une femme qui a beaucoup vécu et à qui on ne la fait pas, et moi une bonniche un peu hésitante qui a tout largué, mari et enfants. Nous faisons de l'auto-stop et apprenons à nous connaître. Le rôle a été écrit pour Line mais pas pour moi. Je préfère. Ainsi je vais pouvoir montrer autre chose. »
Pourquoi la province plutôt que Paris pour les premières ? « On sent plus d'amour, de confort. Il y a une bienveillance, si on se trompe on le sait de suite », répondent-elles. « C'est pour moi une règle : je n'ai jamais "fait" Paris avant », précise Line Renaud. Espérons que le plancher ne craquera pas. Car le Fémina, depuis longtemps, attend un petit coup de peinture.